Timothée Talard ()

Né en 1983
Vit et travaille à Marseille, France

Timothée Talard – la création intensive

D’aucun dirait que le travail résolument urbain de Timothée Talard est seulement porté par la violence et la destruction. Les mouvements d’émeutes et de révoltes sont autant de points de départ sur sa réflexion de notre société et de ses dérives. Cependant il est impossible de résumer son travail à ces uniques thématiques, par trop réductrices.
L’origine de sa création est peut être plus généralement la culture urbaine :
Violences, addictions, fétichismes, pratiques de gangs ou simplement d’une jeunesse en quête d’identité, prête à se laisser aller dans toutes pratiques «initiatiques», illicites, transgressives, pour acquérir un sentiment de liberté qu’elle ne parvient jamais à conserver que de manière éphémère.

Le médium n’est que l’outil. Timothée Talard maitrise les techniques, c’est le cadet de ses soucis : acryliques, pastels, aquarelles, mine de plomb, néon… L’idée de ce qu’il veut laisser transparaitre par l’image, figurative ou abstraite, prime sur le reste.

Lorsqu’il a identifié une thématique, l’artiste s’en saisit sans ménagement, comme ces pitbulls qu’il représente parfois, feraient d’une victime, incapable alors de se libérer de leur mâchoire. Il crée de manière «intensive», effrénée, presque «industrielle», mais sans jamais s’écarter d’une quête de l’excellence, n’hésitant jamais à jeter ses productions, des essais qui lui sembleraient mal réalisés, insuffisants.
Ils peuvent être tâchés, mais ne peuvent pas être médiocres !

Souvent, chaque œuvre, chaque dessin, chaque toile n’est qu’un élément d’un sentiment, d’un sujet, qu’il tente de décortiquer, de transcender pour en offrir au spectateur une vision à la fois instinctive, évidente, et à la fois complexe et à double tranchant.

C’est ainsi qu’il alterne le plus souvent de séries en séries :

Portraits de mannequins aseptisés dans leur représentation esthétique à l’occasion de sa collaboration avec Agnès B en 2010, dans l’exposition «Sommet de l’Évolution». Mais Timothée Talard ne peut en rester là. De ce qui lui est une commande qu’il s’approprie néanmoins en éludant justement le simple érotisme des corps de représentation, en représentation, dans cette série d’aquarelles, il y ajoute beaucoup d’autres dessins de boxeurs violents, de plongeurs acrobatiques, allégories de toxicos en descente, en lévitation psychédélique, de chutes de skateurs, de portraits de guns ou de gun sur la tempe, de gueules cassées, de sneakers de Nike, de cracheurs de molard et autre vomi… Talard traite ici de l’humain, dans ses excès, ses vices, ses déviances.

Dans la série «Par le feu», entamée en 2011, il consume le sujet de l’idolâtrie du feu dans ses possibles évocations : des voitures incendiées, l’évanouissement progressif d’une bougie qui se consomme, des feux d’artifices, des cracheurs de feu, les parades de membres du Ku Klux Klan autour d’un bucher, des brasiers volontaires ou accidentels… Talard devient pyromane. Il est coupable. Il est conscient de l’attrait incontrôlable à la lumière mais il continue lui de se cacher dans la nuit.

Les références qu’il utilise sont presque toutes extraites des réalités contemporaines, de ces flots d’images dont les médias nous abreuvent à longueur de temps.
Ainsi l’œuvre intitulée «Immolation» s’inscrit bien dans la thématique traitant des révolutions, des révoltes, des manifestations, des mouvements de foules, des guerres civiles depuis les événements de mai 68 jusqu’à la situation en Syrie. La source de l’image est tirée d’internet. L’artiste se la ré approprie et essaie d’en extraire la puissance symbolique.
Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, jeune marchand ambulant de 26 ans, originaire de Sidi Bouzid s’immole par le feu pour protester contre la confiscation de son outil de travail : une charrette. La conséquence de cette immolation sera la révolution tunisienne qui conduira son président Zine el-Abidine Ben Ali à fuir en Arabie Saoudite moins d’un mois après ce geste désespéré.
D’autres immolations suivront et finalement ce sera le Printemps Arabe qui entrainera chronologiquement à la suite de la Tunisie : l’Égypte, la Syrie, l’Algérie, la Lybie, le Maroc, le Yémen et le Bahreïn dans des émeutes ou des révolutions.
Mélange d’encre, d’acrylique, d’aquarelle, de pastel et de verni sur une grande toile de 130 x 130cm, «Immolation» montre un personnage non identifié, debout, courant embrasé sur un fond noir. Pour Timothée Talard, «l’immolation, c’est exposer au monde son désespoir». Sa manière de traiter le personnage et le feu est ultra dynamique. Le mouvement est continu, total.

L’œuvre peut aussi être sculpturale. Une voiture brûlée, carcasse rouillée dans le white cube, sur laquelle est écrit en néon blanc une citation de Montaigne traduite en anglais : «Nothing fixes a thing so intensely in the memory as the wish to forget it» («Rien n’imprime quelque chose si vivement à notre souvenance que le désir de l’oublier»). Cette phrase était le titre et le fil conducteur de son exposition à la galerie Gourvennec Ogor en 2012 et de laquelle la critique d’art Lise Guéhenneux écrivait : «La fascination est un jeu de dupe que Timothée Talard ne cesse de mettre en scène dans ses œuvres. L’image, tel un leurre, extrait d’un faux-semblant de réalisme cette part sombre que dégagent les formes des nuées. Si l’image est le point de départ, elle passe par différents filtres que met en place l’artiste. Et c’est aussi la voiture, objet de consommation par excellence de notre capitalisme néolibéral sans frontière qui est au centre de ce feu de joie. Talard le reprend pour mieux le customiser. Un néon, élément imperturbable qui éclaire la cité de ses feux nocturnes, signal, paroles muettes des murs et façades (…). Pour l’artiste cela tient à « La violence que l’on engendre ou a contrario que l'on subit du haut de ses fenêtres. Mais c'est aussi une phrase qui pourrait être vu au moment précédent ces mouvements émeutiers... un moment où l'on ressent tellement d'injustice et de déni que l'on ne peut plus fermer les yeux, l'oublier. Une pensée qui revient en boucle impossible à sortir de ses pensées (... et où tout doit exploser dans un fracas de violence et de destruction).»
Il s’agissait là du tout premier néon réalisé par l’artiste. D’autres suivent. «Alive» et «Wish», chacun d’eux cassé, comme pour mieux souligner l’importance de leur signification.

Les séries de Timothée Talard se construisent dans le temps. Il passe parfois à un autre médium, une autre série, avant de revenir sur une plus ancienne parce qu’il a compris qu’il y avait encore tant à en dire, ou le dire d’une autre manière.
L’œuvre présentée au MAC (Musée d’art Contemporain) de Marseille pour l’exposition célébrant les vingt ans du musée en 2014, intitulée «If you wrong us shall we not revenge ?» est un grand néon de trois mètres de long et dont un mot est brisé par un pavé qui git encore au sol parmi les débris de verre, comme après le passage d’une émeute. La phrase est tirée du Marchand de Venise, Shakespeare. La pièce, datée de 1623, a pour thème les tensions entre communautés religieuses. La mise en lumière échouée, ou sabordée, de la citation la replace dans sa contemporanéité, nous renvoyant à des problèmes actuels de la société. Si vous nous faites du mal, n’allons-nous pas nous venger ? Timothée Talard ne répond pas «oui», il le prouve. Dans l’exposition au MAC, le néon n’a pas été présenté cassé. Il était «indemne», car la décision a été prise que l’acte de destruction serait laissé à son acquéreur définitif, comme un exutoire pour lui, un acte libératoire offert par l’artiste au collectionneur et par là même une obligatoire remise en question de celui-ci sur son statut de propriétaire d’une œuvre qu’il doit lui-même vandaliser.

Le travail de Timothée Talard se nourrit donc de codes sociologiques, des mouvements politiques, d’une imagerie de la violence dont il est, souvent en tant que cyber addict, témoin et qu’il analyse sous toutes ses formes. Talard s’en délecte dans ses œuvres pour le plaisir, parfois pervers, de chacun. Mais l’artiste expérimente aussi personnellement cette violence et n’hésite pas à la restituer autobiographiquement. Ainsi dans sa série de polaroids intitulée «La meilleure façon de mourir» réalisée en 2011, il prend les clichés de ce qui l’entoure, de ceux qui l’entourent, des soirées éthyliques, des abus en tous genres, des doigts d’honneur à la société…

Pourtant le champ de ses préoccupations est encore plus large. Il traite aussi d’architecture, urbaine, des problèmes écologiques de la planète, de la société consumériste.

D’abord initiée par les séries figuratives «Centrale», «Flammes», «Pétrole» puis «Offshore», dans lesquelles Timothée Talard réalisait différentes structures architecturales d’exploitations pétrolières aux pastels sur des papiers de petit format, l’artiste a évolué dans cette thématique par un traitement plus abstrait du sujet sur toiles de grands formats.

La série «Un arc en ciel dans la nuit» est composée de peintures holographiques faites à partir de dérivés d’hydrocarbure, de xylène et d’acrylique. Sur un fond noir constellé de points argentés, des arcs-en-ciel apparaissent, se transforment et se reforment en fonction des mouvements du spectateur et de ses déplacements dans l’espace. Les images qui se créent rappellent alors celles des phénomènes astraux telles les aurores boréales ou des vues de nuages cosmiques. L’effet produit par le mélange des «ingrédients» est comparable à une flaque d’essence tombée sur le sol d’une station service. Timothée Talard commente : « Le pétrole et autres ressources énergétiques fossiles naturelles non renouvelables sont responsables du réchauffement climatique et de la «destruction» de la planète. Elles régissent la géopolitique internationale et sont sources d’exploitations de peuples au service de multinationales (Exemple du Nigéria).» Ces tableaux jouent sur le contraste entre l’image esthétique produite et la manière dont elle a été fabriquée. À partir d’un matériau «ingrat», elle produit un effet naturellement séducteur.

Puis l’arc-en-ciel n’est plus dans la nuit. Timothée Talard évolue et applique son alchimie sur des toiles blanches avant que d’en prendre prétexte pour un travail moins politique et davantage lié à l’optique dans une série initiée en 2014 et intitulée: Monochrome. Cette nouvelle série joue là encore sur le déplacement du spectateur, lorsque celui-ci avance devant la toile, celle-ci change peu à peu de couleur pour passer d’un monochrome bleu à un rouge, et ainsi d’un vert à un jaune ou d’un jaune à un bleu.

Dans sa pratique, et comme pour mieux analyser les systèmes de production/consommation de l’intérieur, l’artiste aime aussi à collaborer avec le monde de l’entreprise. Ainsi, il n’avait pas quitté l’École des Beaux-Arts de Paris qu’il enchainait trois années de collaborations artistiques avec différentes enseignes publiques et privées : La Poste, pour laquelle il a remporté un concours en 2008 et qui lui offrait l’opportunité de designer un packaging spécifique des emballages Colissimo ; Badoit pour qui il réalisa en 2009 deux éditions limitées « Prestige » de la célèbre bouteille et enfin, comme évoqué précédemment, Agnès B en 2010 pour qui il élabora non seulement une collection entière de tee shirts, commercialisée dans le monde entier, mais aussi des emballages de préservatifs ; l’artiste avait alors choisi ironiquement d’y faire figurer un autoportrait en aquarelle et qui mentionnait son propre numéro de téléphone portable.

Dans sa deuxième exposition personnelle à la galerie Gourvennec Ogor en 2014, Chance is a word void of sens, nothing can exist without a cause, Timothée Talard renoue avec cet attrait qu’il a pour l’entreprise, l’industrie, le consumérisme, l’objet designé.
S’inspirant des modes de production de la société de consommation, une série de dix caissons lumineux est ainsi présentée dans l’espace d’exposition.
À la différence de leur usage habituellement publicitaire, ceux-ci sont demeurés «vierges» d’affiches ou de stickers. Ils diffusent seulement leur lumière blanche, et l’artiste, dans un geste minimal, a tagué dessus à la bombe noire une série de messages.
L’un d’entre eux, «Here Comes The Dark», fait référence au titre de la chanson des Beatles : Here comes the sun ; excepté qu’ici, il n’est plus question de joie ni de moment libérateur. Le texte sur ce support éclairé et séduisant, qui incite habituellement à la consommation, tient lieu alors de prophétie funeste, vers un avenir sombre annoncé comme une prémonition par le graffeur.

Un triptyque de peintures y est également présenté : Hors Cadre 50F consiste en trois dessins similaires. Un trait de peinture noire, imprécis, parcourt la bordure de chaque toile. Il fonctionne comme la délimitation d’un espace : la plus grande surface centrale de la peinture reste blanche, comme en attente.
L’espace vide de la toile devient dès lors le propos de la peinture. Le tableau se crée sur le contraste entre l’objet immaculé de production industrielle qu’est le châssis standardisé, et l’acte de peindre, de manière monochrome la tranche, zone désuète et habituellement invisible sous cadre.
L’artiste nous entraine alors dans «l’infra-mince», aux limites de la peinture, celle qui n’est parfois même pas peinte. L’artiste a choisi de ne pas «produire», juste d’insinuer, de symboliser.

Ce que Timothée Talard nous renvoie, n’est-ce pas cette propension chez chacun d’entre nous à être partagés entre des attirances liées aux dérives du consumérisme : le culte voué aux marques, les carcans sociaux, les enseignes clignotantes, le shopping libérateur, les codes vestimentaires, le besoin d’accumulation…, et une critique indispensable d’un système élaboré qui nous asservit en tant que citoyen, en tant qu’humain ?
C’est la remise en cause nécessaire des obligations conditionnées. Par tous les moyens.

Le champ artistique de Timothée Talard est donc en perpétuelle évolution, dense, emprunt d’une réflexion sans concession sur des thématiques ou des préoccupations qui lui tiennent à cœur.
Si ses œuvres, son œuvre, ne cherche pas la séduction esthétisante, elle questionne, elle interroge. Sa contemporanéité est immédiate.
Si toute chose pouvait être envisagée, projetée mentalement comme une sphère, l’amour est une sphère, une table est une sphère, un bâtiment, un crâne, un sentiment, un événement … Tout est sphère et l’ensemble des « non artistes », majoritaires sur la planète, cette ensemble est d’un seul et même côté, spectateurs de ces sphères. L’artiste lui est situé de l’autre côté. Il en distingue d’autres facettes, d’autres angles, d’autres interprétations. La sphère reste sphère, sa définition peut rester la même. Mais l’artiste est celui qui nous en donne une perception différente. Timothée Talard n’impose pas de vision, il en propose de nouvelles.

Didier Gourvennec Ogor – juin 2014

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Timothée Talard

没有人会武断的说Timothée Talard那些关于都市题材的创作仅仅是在体现暴力和破坏。相反的是这些暴动和造反的行为也作为了他创作的出发点,从而反映了我们的社会上那些失去控制的行为。然而,这些概述对于他那独有的创作主题都显得有些苍白无力。
其创作的起源是更常见的都市文化:
暴力、吸毒、恋物癖、黑社会或者是那些迷失中的年轻人,他们准备从这些所谓的“启蒙”式的非法和侵犯性的行为中获得自由的感觉,而这种感觉从来都是稍瞬即逝的。

颜料并不是他唯一的工具。Timothée Talard还熟练的掌握着各种技巧:丙烯、色粉、水彩、铅笔、霓虹灯......为了达成他想表现的画面,无论具象还是抽象,他往往可以超越这些材料对于画面的限制。

当他确定了一个主题,艺术家会毫不犹豫地抓住,就像一头斗犬,在产生一个牺牲者之前是无法从它的下颚中解脱出来的。他如此“密集的”、疯狂的、甚至近乎“工业的”创作作品,但从来不会脱离主题,从来不会犹豫的创作,哪怕出现了一些不够或是不好的尝试。这些尝试甚至有可能对他有不好的影响,但其作品却从来不会平庸。

通常来说,每件作品、每张素描、每幅画只有一个元素、一个感觉和一个主题,他试着去剥离,去超越,为了让观者的视角时而本能的,时而明显的,时而又是复杂和具有两面性的。

因此,他经常交替着完成一个又一个的系列作品:

他所描绘的一张毫无特点的模特的肖像,呈现在了2010年与Agnès B合作的展览《Sommet de l’Évolution》中。但Timothée Talard并没有止步于此。在这一系列的水彩画中,他增加了许多作品,比如粗暴的拳击手,杂技跳水员,跌倒在地的吸毒者,被迷幻后产生悬浮感的人,摔倒的玩滑板者,枪支的肖像或者枪支对着太阳穴的画面,做出侮辱手势的人,吐痰和呕吐的人...... Timothée Talard在这阐述着人们的暴行、污秽和异常行为。

系列创作《Par le feu》(以火之名),开始于2011年,他像一个火焰崇拜者一样尽可能的去回忆那些画面:一些烧毁的汽车、燃烧殆尽的蜡烛、焰火、火焰杂耍、围着火堆的三K党成员、火灾或是篝火... Talard简直成为了一个纵火犯。他是有罪的。他意识到光对他有无法抗拒的吸引力,但他依然躲藏在黑夜中。

他使用的图像几乎都是当代的,纪实性的,都是些媒体长久以来用来喂养我们的图像。

因此,题为《Immolation》(牺牲)的作品涉及到了一些革命、暴动、示威、群众运动以及内战,这是以68年5月叙利亚内战为主题的创作。图象都取自互联网。艺术家重新诠释了这些图像试着从中提取象征性的权力。

2010年12月17日,穆罕默德·蒙阿西一个来自西迪布济德(突尼斯中部城市)26岁的年轻小贩,他引火自焚是为了抗议他被没收的工具车。而这次牺牲的结果是:导致了突尼斯革命,并迫使他们的总统宰埃尔 - 本·阿里在这个绝望举动发生后的一个月逃往了沙特阿拉伯。

然后,其他的牺牲接踵而来,最终成为了“阿拉伯之春”,自突尼斯之后(按时间顺序):埃及,叙利亚,阿尔及利亚,利比亚,摩洛哥,也门和巴林也发生了暴动或是革命。
混合了墨水、丙烯、水彩、蜡笔和漆,再画到一个130 x130的大画布上,名为《牺牲》的作品展示了一个身份不明的人在黑色背景上带着火焰奔跑。Timothée Talard说“自我牺牲是在向世界展示他的绝望。”他完美的在画中表达了人物、火焰和动态。

他的作品也有雕塑。一辆烧毁的汽车,或是放在白色立方体中的生锈的骨架,用霓虹灯“写”成的一段取自蒙田的话:“我们极力想忘掉的东西却在记忆里有着最深的烙印。”这句话也成为了2012年在画廊Gourvennec Ogor举办的个展的标题。艺术评论家Lise Guéhenneux写道:“一辆被劫掠的汽车和一段具有哲学意义的霓虹灯,汽车成为了思想的载体而思想找到了一个身体;一个伤痕累累的身体。 (...)但今天,在这里,这不是令人伤感的随笔,也不是无忧无虑的轻快情绪或是缠绵浪漫的爱情,更不是度假和沉思之地。不,是谁闯入了这里,这些是现实,是社区暴动、叛乱、革命。是战斗。是积累的不公和人们不能再沉默的事。这些是为了自由和平等而斗争的记忆。所有与我们相关的这一切:金融专政,经济衰退,社会没落,仇外心理,盲目崇拜......恐惧。”

艺术家做成的第一个霓虹灯作品名为:“Alive”(活着)和“Wish”(希望),每一次碎裂都仿佛在强调其意义的重要性。

Timothée Talard的系列创作都是随着时间不断更新的。他时而换成另一种材质,时而又回到之前的系列。因为他知道,自己总有说不完的话,或者想换一种方法去说。
在2014年MAC(马赛现代艺术博物馆)的二十周年纪念展上,题为《If you wrong us shall we not revenge?》( 如果你伤害了我们,难道我们不会报复吗?)的作品是由一个三米多长的霓虹灯组成,它被平放在石头铺成的地面上,其中有一个字母被打碎了,就好像是经历了一场暴动后的样子。这句话取自莎士比亚的《威尼斯商人》。这部1623年的作品是以宗教社团间的紧张局势为主题的。那些失败或是停业的同时代性,让我们回归到了社会目前存在的问题上。如果你伤害了我们,难道我们不会报复吗?Timothée Talard没有回答“是”,并且证明了这一点。其实在MAC的展览上,霓虹灯并没有被损坏。这个破坏权将交给这件作品的买主,就如同一种发泄的方式,这是一个由艺术家赠给收藏家的自由行为,同时这也是交出了一个权利给作品的所有者,一个必须损坏它的权利。
Timothée Talard的艺术是来源于社会学的,有政治运动,有暴力画面,还有网络成瘾,他见证和分析着各种社会现象。 Talard以他的作品为乐,这种情感有时甚至反常的遍布到自己的每一件作品上。Timothée Talard还亲自尝试暴力但他也会毫不犹豫的返回。在他2011年用宝丽莱相机拍摄的系列作品《La meilleure façon de mourir》(最好的死亡方式)中,他记录了他周围人群的种种“恶行”,酒精晚会,各种滥用行为,用中指向社会致敬,等等...

他涉及的领域远不止上述这些。还有建筑,城市,生态环境和消费主义。

从最开始的系列创作“Centrale”、“Flammes”、“Pétrole”到“Offshore”Timothée Talard用色粉笔在小尺寸的纸上绘制石油钻井平台的建筑结构,之后在这个主题中逐渐演变成为大幅的抽象创作。
系列作品《Un arc en ciel dans la nuit》(黑夜中的彩虹)是用碳氢化合物、二甲苯和丙烯混合制成的涂料来创作的。这种涂料会在黑色背景呈现出银色小圆点,在聚光灯下就会出现彩虹并且还会随着视角的变换而移动。这在让人联想到了宇宙,如同北极光或是星云的图像。在如此美的画面下我们很难想到这些涂料混合后的样子就像泥潭水坑一样。Timothée Talard说:“这些不可再生的石油和其他化石燃料的过度开采会导致全球变暖甚至地球的毁灭。并且还涉及到地缘政治纠纷和跨国公司对当地民族劳动力的剥削问题(例如尼日利亚)”。这些画作让画面的美感和制作过程产生了反差。从一些“无用甚至恶心”的物质,变成了一种自然迷人的涂料。
Timothée Talard的彩虹不仅仅出现在夜间。艺术家在他的“化学实验”中再次演变,将彩虹呈现到了白色的背景上,这是为了让它们显得不那么政治,也为了与2014年的系列作品《XXXXX》联系到一起。这个新系列再次“调动”起了观众,当观众逐渐靠近画布的时候,画面会从单一的蓝色逐渐演变为红色,或是绿色变为黄色,或是黄色变为蓝色。

在他的实践中,为了更好地分析生产/消费的内部系统,艺术家喜欢与企业界合作。于是,他在巴黎美院学习期间,与各种公共和私人品牌合作:在2008他赢得了为法国邮政设计包裹包装的机会;在2009年为Badoit公司设计了两款限量版瓶子;如同之前所述,在2010年Agnès B不仅把他的画收录并制作成T恤行销世界各地,而且还为其设计了避孕套的包装;艺术家还创作了一些具有讽刺意味的作品,比如在自画像下面标注了自己的手机号码。

2014年他在画廊Gourvennec Ogor举办的第二次个展上呈现了涉及商业、工业、消费和物品设计的作品。

在对社会的生产和消费模式上进行深入研究之后,一系列的灯箱作品呈现在这次的展览上。
与通常用于广告的灯箱不同,他们是还未贴上海报或标签的。它们所播放的只有白色的光亮,而艺术家在上面做了一些小小的修饰,他涂上了黑色炸弹一样的一系列信息。
这些信息的其中一条,《Here Comes The Dark》(译为:黑暗降临,这同时也是展览的名字),这是从甲壳虫乐队的歌曲的标题:《Here Comes The Sun》而来;这里面没有令人愉快的问题或是迎来解放的时刻。在这明亮和有吸引力的招牌上,昭示着或者预言了一些致命的后果和黯淡的未来。


一组三联画也在此展出:由三个尺寸超过50F的相类似的素描构成。绘制了一些黑色,含糊不清,环绕在画布边缘的区域。这些就像一个空间的划分:画布中央的大部分面积都保留了白色,好像在等待着什么一样。

画布上空白的区域反而变成了绘画。这是对毫无瑕疵的工业生产品和标准画框概念的比对,还有作品中那些绘制的动态,成片的单色,陈旧的区域以及一些在画框下看不见的东西。
艺术家还带领我们进入《l’infra-mince》的画面中,一幅有着自我设限的绘画。艺术家这次选择了不去“生产”这张画,而是影射和象征。

Timothée Talard这次给我们带来的,是不是都是这些我们所共有的嗜好?这些可以将我们相连的事情:名牌崇拜、社会羁绊、闪烁的招牌、自由购物者、规范着装、收集欲...难道这些都是一个精心制作的系统,用来奴役我们作为公民,作为人类的存在?
这是通过一切手段和方式都必须要进行的挑战。

Timothée Talard的创作领域不断的变换,密集的创作,抓住主题绝不让步以及来自内心真实的担心和忧虑。
如果不从他的作品中寻找美学上的吸引,那么他的那些问题,那些质疑的当代性是立竿见影的。

如果我们去想象:精神是一个球体,爱情是一个球体,桌子是一个球体,建筑物、头骨、一种感觉、一个事件......一切领域都是一个球体,所有的“非艺术家”,和世界上的大多数物质都有着共同的相似之处,并且都处于球的同一侧,我们都是这个球的观众。而艺术家位于球的另一侧,从另一个角度,另一个面,得出另一种解释。球体还是球体,其定义可以保持不变。但是艺术家给我们带来了不一样的感受。Timothée Talard不会去强加于人,他只给人带来新的观点。

Didier Gourvennec Ogor – juin 2014(简睿 译)

¬ Biographie pdf+ www.timotheetalard.com