Diane Guyot de Saint Michel (F)

Née en 1980
Vit et travaille à Marseille

L’œuvre de Diane Guyot de Saint Michel est marquée par les formes du pouvoir et l’exploration de nos expériences quotidiennes : la nourriture, les lois, les plans sociaux, les émeutes, la paranoïa sécuritaire, la maitrise des foules, l’économie… Autant de sources d’inspiration pour une œuvre polymorphe où se combine le dessin, la vidéo, la performance et le textile, mobilisant le langage et les disciplines artistiques, élaborant une réflexion sur le potentiel discursif de l’art à des fins politiques et contestataires.

Dans cette exposition, elle propose "BOA" et "We Support You", un ensemble d'oeuvres papier et textile.

Bank of America (B.O.A) était un des géants de la finance américaine. Le 2 septembre 2011, le gouvernement des Etats-Unis amorce des poursuites judiciaires contre BOA pour son rôle dans la crise des subprimes. Le logo de BOA : 4 parallélépipèdes bleus et rouge horizontaux et deux verticaux.
Dans ses dessins au feutre, le logo est repris comme un motif, "mappé" sur les corps entrelacés de boas. Leur corps cylindrique fait basculer l'ornementation vers une matière fluide. Cette masse mouvante prend la forme du territoire sur lequel elle se meut, la forme des proies qu'elle étouffe pour se reproduire. Lentement. Car c'est aussi le temps du labeur dans ces dessins au feutre fin. Un travail long et répétitif, à l'image des emplois exercés par les emprunteurs des crédits toxiques.

Sur la façade de la galerie, 3 bannières colorées sont fouettées par le vent. Sur chacune, le portrait d'un des hommes les plus riches de la planète. L'intérêt porté au portrait se joue sur le fait que cette poignée d'hommes sont des hommes «sans visage». En effet, peu d’entre nous seraient capable de les nommer, encore moins de les reconnaître. Aussi, Bill (Gates) agit comme un élément déclencheur. Un visage médiatisé et bien connu, qui invite à penser que les autres portraits gravitent dans la même sphère. Ils ont le sourire, dont il est admis qu’il n’a pas d’équivalent chez l’animal ou plutôt, lorsque l’animal sourit c’est qu’il montre les crocs. Le sourire dans le portrait apporte une familiarité biaisée, car il est multiple. Il convoque la joie, la bienveillance, l’humour, mais aussi, sur la condescendance, l’ironie, voire le mépris. La peau, les cheveux, les ombres ont des couleurs criardes qui rappellent les masques des catcheurs. Le match est truqué et la foule en redemande.
La bannière textile suggère cette possibilité de se mouvoir, et de s’approprier tel ou tel territoire. C’est l’art de la conquête, celui de planter le drapeau. L’esthétique rejoint l’utile. A la cour du roi, le métier de tapissier consistait à disposer les tapisseries dans les appartements royaux lors des déplacement de la cour royale: un art mural sans frontière. Dans cette idée, Le Corbusier qualifiait ses tapisseries de «Muralnomad».
Sous chaque visage, le prénom du modèle est inscrit ; Carlos, Bill, Armancio, Warren et Larry. Là aussi, le sens est à double facettes. Les papes, les évêques, les monarques sont connus par leur prénom accompagné d’un numéro d’ordre ou d’un déterminant géographique. L’utilisation du prénom est aussi d’ordre amical, et marque l’appartenance à un même groupe. Nous semblons familiers grâce aux prénoms, et pourtant.. Cette dualité, entre une forme iconique et un sentiment de proximité, pose la question de l'identification. Pauvres et riches, victimes et bourreaux, font toujours parti du même système. C’est une seule et même souillure.

Sous quel drapeau, quel emblème, quel logo l'on se tient ? Avec un caractère irrévérencieux, Diane Guyot de Saint Michel se joue des géants comme de notre propension à les suivre, à s'en faire des idoles.

+ diane-guyot.org/