Pascal Berthoud (CH)

Né en 1971
Vit et travaille à Genève (Suisse)

Au verso des logiques
Puisant dans une vaste palette de langages artistiques, de la sculpture à l’installation, du dessin au collage et de la photographie à l’animation, les œuvres de Pascal Berthoud se construisent sur de savantes références de l’histoire de l’art et à partir de puissants remaniements.
Ses interventions dans l’espace public, éphémères ou pérennes, sont orientées par le contexte social et architecturé. L’approche de l’art dans un environnement bâti est attentive et cherche à entrer en résonance, à être en phase avec le lieu.
Le dessin joue un rôle significatif dans la démarche de l’artiste. Pascal Berthoud s’appuie sur les lois spécifiques de ce médium pour structurer l’espace et déconstruire la forme - sculpture. Son travail est traversé par des pratiques opératoires du dessin que l’on aurait tort de considérer comme simplement préalable d’une sculpture. L’artiste ne conçoit pas une distinction entre le dessin et l’installation en des termes disciplinaires. Il distingue différents procédés à l’œuvre dans sa recherche et développe les moyens qui lui permettent de réaliser ce qu’il veut construire. Les associations et les métamorphoses d’une grande variété de matériaux et d’images - tubes d’acier verticaux, assemblage en bois, barre de métal tordue, longues-vues, volumes métalliques - offrent de nouveaux modes d’imbrication du dessin et de la sculpture dans l’espace. Les œuvres de l’artiste genevois provoquent ainsi de séduisants jeux entre champs et niveaux différents: abstraction et figuration, géométrie et nature, perception et représentation, apparence et réalité.
Il en résulte des compositions tantôt percutantes, tantôt contemplatives où cohabitent des fragments issus aussi bien de la peinture de la Renaissance, du Constructivisme, de l’abstraction géométrique, de films de science-fiction, de planches d’études de géologie, d’images cinématographiques. En juxtaposant les vocabulaires formels issus de notre mémoire collective l’artiste provoque des télescopages référentiels et culturels pour faire émerger de nouvelles formes. D’ailleurs Pascal Berthoud opère une véritable réflexion sur la forme inédite, sa polysémie, ce qu’elle est susceptible d’évoquer en termes imaginaires.
Les dessins de la série Vortex dérivent fréquemment de perspectives lointainement héritées du modernisme russe. Mais ils renvoient davantage à des lieux inquiétants et noirs, à des tunnels routiers interminables, et n’ouvrent pas vers l’avenir radieux promis par les avancées du progrès. Le monde qu’ils restituent ressemble au nôtre.
Les Vortex relèvent-ils de l’abstraction ou de la figuration ? Ce clivage, on le sait, n’a plus vraiment lieu d’être, c’est pourquoi on lui préférera un autre, celui qui partagea schématiquement l’histoire de l’avant-garde et du modernisme du 20ème siècle. D’un côté, une tendance qu’on dira «baroque», s’exprimant dans des formes biomorphiques. De l’autre, une veine dite «minimale», où règnent la géométrie et l’orthogonalité. Tout l’art du siècle passé se classe dans l’une ou l’autre de ces catégories baroques et minimale. Le dessin de Pascal Berthoud se tient en équilibre au point tangent entre ces univers antagonistes. C’est ce qui fait, pour une grande part, son caractère énigmatique.
La dualité fonde aussi le travail de sculpture que mène l’artiste à travers des séries d’œuvres emblématiques. Parmi d’autres, la série Shuttle renvoient aussi bien aux structures minimalistes qu’aux jeux d’illusion baroque. Ces œuvres sont ambigües, paradoxales, et ressemblent à des machinations où se perdre. Les travaux plus récents tels que Météorites et Small sculpture, building a collection questionnent sous une autre forme notre rapport au modernisme. A quel règne appartiennent ces curieuses créatures en acier inoxydable? Les céphalopodes marins ? Les reptiles ? Les insectes ? Ou s’agit-il d’extra-terrestres, de nuages, de météorites ? Ces sculptures ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons, et pourtant quelque chose en elles nous est familier. Elles résultent d’un art savant de l’assemblage. Ici ou là on reconnaît un crâne, une protubérance, un organe.
On ne peut d’ailleurs se concentrer simultanément sur les détails et l’ensemble de la sculpture, laquelle apparaît ainsi dans un état de transformation perpétuelle. Cette recherche d’une forme inédite constitue l’un des enjeux majeurs de la modernité. Le monstre, et son avatar contemporain l’alien (ce qui est autre), parce qu’ils sont des êtres que personne n’a jamais vus auparavant, en sont une métaphore.
Une bonne partie du sculptural de l’art moderne est d’ailleurs rempli de monstres et d’êtres surnaturels, qu’on songe aux œuvres à trois dimensions de Hans Arp, de Henry Moore ou de Max Ernst. On pense que le règne du ready made a définitivement sectionné cette branche de l’arbre généalogique de la modernité. Mais il suffit de se pencher sur le travail d’artistes contemporains aussi importants que Tony Cragg, Franz West, Anish Kapoor, le duo suisse Lutz et Guggisberg pour s’apercevoir qu’ils en sont les héritiers. Pascal Berthoud se place dans leur sillage.
Vincent Demierre

¬ Biographie pdf+ www.pascalberthoud.ch