Julien Lescœur (F)

Né en 1978
Vit et travaille à Berlin, Allemagne

Né à Villeurbanne, vit et travaille à Berlin.
Diplômé en 2007 de l’Ecole Supérieur d’Art Décoratifs de Strasbourg, il est résident du Zentrum für Kunst und Urbanistik (ZK/U) à Berlin en 2013. Il expose en France et à l’international, notamment au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg à l’occasion de l’exposition collective La Ville Moderne et à la Galerie Jean Pierre Ritsch Fisch , Strasbourg, France.

Composée avec une précision picturale, la photographie de Julien Lescoeur, Sans Titre (2011), ne permet aucune fuite du regard, qui demeure fixé, bloqué sur un « obstacle ». Le rideau métallique, la lumière au néon projetée vers l’extérieur et la pénombre mystérieuse de l’espace caché produisent un jeu d’attente et de déception, d’attrait et de répulsion. La pièce devient ainsi un espace fictionnel, un lieu de fantasmes et projections laissés en suspension, car l’image demeure résolument muette.
Les atmosphères urbaines surréelles du cinéma de David Lynch ou de Jim Jarmush sont une référence de taille pour l’artiste, qui produit dans son travail des sortes de « captures d’écran » où toute action est suspendue et l’absence est le protagoniste absolu. Le support devient œuvre grâce à la superposition du sujet et de sa représentation qui s’opère dans l’œil du spectateur. La photographie est une présence concrète, une image-objet imposant une mise à distance de tout spectateur. Julien Lescoeur utilise l’image photographique pour intervenir dans l’espace de manière presque sculpturale.

Le Syndicat Magnifique

----------------------------------------------------------------------------------------------------------


Démarche artistique

Dans notre environnement quotidien qu’est la ville, Julien Lescoeur trouve une matière plastique et sémantique à partir de laquelle il construit un univers insoupçonné.

Du milieu urbain, le photographe en traque les éléments fantomatiques : la non présence des habitants, l’état des lieux de transit ou des espaces privés rendus déserts aux heures Intermédiaires, dans le sommeil de toute activité... l’artiste créé des univers autonomes au pouvoir de suggestion fort et singulier. La part descriptive dans l’approche du photographe laisse entrevoir l’importance du personnage, du lieu ou de l’objet qui nous est montré. L’image se compose, se centre et se construit autour de lui et il sert l’espace - transfiguré par lui. Présence ou non présence, là est l’enjeu. Cette position du regard confère à ces photographies un caractère dense et une distance empreinte d’objectivité, neutre et silencieuse. La lumière y est le révélateur de ces dimensions, de ces possibles, que le photographe, sans mise en scène, distingue et rend visible.

Dans la singularité de son point de vue, Julien Lescoeur nous immerge avec une certaine tension dans un univers urbain dont il révèle les absences et l’anonymat. Mais le sens et le choix de ces images, dans une confrontation entre l’homme et sa cité dépassant la notion de génie du lieu, explore le conditionnement opéré par la ville sur l’individu ramené a sa factualité la plus générique : de passage et en sursis. Suggérant la possibilité d’une dialectique entre nous -individus anonymes en transit- et notre environnement, l’artiste fait du support le propos : aucun visage dans ces photos, sauf le nôtre, reflété par le Diasec. Notre acuité sur le monde tel que nous le « vivons » est ainsi aiguisée. Mais c’est en observateur de ces pulsations qu’il se positionne et dès lors c’est dans notre imaginaire que le sens de ces images se développe pleinement.

L’artiste nous invite á réfléchir par ailleurs sur l’objet photographique dont la présence relève de l’occupation physique des lieux. C’est en particulier le cas avec les œuvres « Sans titre », 2008 et 2009, (la grille du parking et la vitrine). La déambulation du regard et de l’esprit s’opère d’abord dans l’image, puis autour d’elle : Quand le regard plonge dans l’image, il perçoit les successions, les volumes, les profondeurs et le temps qu’elle contient. Puis l’image occupe l’espace, dont elle attire la dimension. Quand le regard embrasse l’espace autour de l’image, celle-ci s’éloigne pour rayonner et le mettre en lumière par sa présence, son propos et sa tridimensionnalité. La photographie est présente et concrète. Elle interagit avec l’espace sur le mode de l’installation.

La démarche est totale et passe par son filtre tous les objets qu’elle observe. Ce faisant, elle crée un corpus cohérent aux éléments autonomes qui fonctionnent dans leur unicité d’objet photographique mais qui s’enrichissent également des échanges et des relations qu’ils instaurent entre eux.

Ayant grandi à Paris et souvent séjourné à New York, c’est à Berlin que Julien Lescoeur a développé son approche de la photographie. L’influence culturelle de ces villes n’est pas étrangère au regard qu’il porte sur son élément. Dans son travail se pressentent, certes, des inspirations picturales «Classiques», contemporaines allemandes et américaines, mais c’est surtout dans la synthèse d’une culture urbaine revendiquée et d’un regard construit, choisi et individuel que se trouvent les scellements de sa démarche artistique.

Marjorie Deshayes

¬ Biographie pdf+ www.julien-lescoeur.net