Elsa Dessarps (F)

Née en 1985
Vit et travaille à Marseille (France) et Berlin (Allemagne)

« Une table géante vacille comme une jeune girafe qui apprend à marcher. Une voie rapide s’évanouit gracieusement. Deux voitures électriques sont prisonnières d’une étreinte qui tourne à vide. Des ballons de baudruche sont soumis à une délicate intervention de chirurgie plastique, tandis que de petits camions en éclats attendent la convalescence.
Les constructions d’Elsa Dessarps racontent des histoires silencieuses de suspensions passagères et d’infimes ajustements. Parmi les formes bricolées, les maquettes, jouets et jeux de carte, nous entrevoyons de patients tâtonnements, de joyeuses découvertes. C’est avec fils, pinces et boulons, ainsi que ruses, humour et maladresse que l’artiste tente d’apprivoiser les forces de la gravité. Les sculptures résultent d’un jeu obstiné et incessant où Elsa, curieuse, tente de ployer et déployer les objets selon ses inclinations - désirs de certitude et de grandeur éphémères, désirs de légèreté et d’élégance, tous voués à une douce entropie. »

Anna Dezeuze, juillet 2013

Tout part essentiellement du bricolage ; ancré dans le contexte de deux villes où j’ai un pied, Marseille et Berlin, entre nécessité et volonté de récupération face à un système. Néanmoins pour moi, c’est surtout un jeu.
Récupérer des objets et évacuer leur fonctions première, les voir comme formes, matières à manipuler lors d’expériences qui viennent souvent d’envies parfois impossibles à réaliser. Je tente de relever des petits challenges dans la sculpture :
Comment faire un château de cartes qui serait solide, inébranlable suite à une frustration de ne pas réussir à faire tenir trois cartes ? Comment redonner la forme ronde à un ballon vidé d’air ? …
Il faut que ces moments de création soient ludiques, qu’ils laissent une place à l’imprévisible et l’erreur. Ne pas faire un projet précis et détaillé mais « faire » sur l’instant. Parfois cela passe par ce que Christian Morel appelle le bricolage cognitif. Une façon de persévérer dans l’erreur, créée par des raccourcis intuitifs de la pensée. Pour déclarer une décision absurde, il faut un puissant décalage entre l’action et le but, qui passe souvent dans mon travail par une discordance de matériaux.
Mes pièces dérivent toutes d'une histoire, d'anecdotes, de péripéties de leur création. Les éléments de constructions viennent comme des moyens rassurants d’assemblage, de solidité, de progression.
J’aime les chantiers, les pièces de mécano, les structures internes des bâtiments, formes simples qui me rappelle des décors ou machines de science-fiction. Des structures délimitant un espace-temps, celui de la construction, celui du jeu, d’un futur possible.
La suspension dans mon travail est venue d’un refus d’utiliser les socles classiques trop imposants pour mes sculptures plutôt morcelées et légères.
Puis c’est devenu une manière de désolidariser mes sculptures d’un contexte possible, qu’il soit mur ou sol. Finalement leur donner un territoire propre, où peut se déployer une certaine narration.
Ou encore à la manière d’un schéma ou de graphiques, les composer dans cet espace comme des dessins sur une page blanche, en les positionnant à hauteur de regard, ou à l’inverse trop bas, trop haut ... Des sculptures entre plafond et sol, cet écart vierge et « invisible » qui souligne la précarité et la fragilité du temps de la sculpture.

Juillet 2013

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