Nøne Futbol Club ()

Né en 1984 et 1987 en France
Vit et travaille à Paris, France

Petits cons, grands pontes ? par Nicolas Rosette

Nøne Futbol Club est un duo capable de mobiliser autant de complices que nécessaire pour réaliser leurs œuvres et leurs performances.
La composante ludique est indissociable de leur processus de création qui aborde le monde comme un terrain de jeu pour l’expression d’un art dont la nature sans cesse confinée à la cellophane des white cube et des grands palais doit prendre le risque d’être un produit de grande distribution. Le principe récursif dans leur travail est le retournement. Il ne s’agit pas de détournement d’éléments de la pop culture (ou de la culture populaire, le terme changeant selon si cette culture nous viens d’un côté ou de l’autre de l’océan Atlantique) mais d’un retournement dont l’adresse finale est toujours la culture populaire. Une double inversion, dont le procédé de révélation nous renvoie en miroir les devenir possibles d’un monde de l’art devenu moins subtil que les cultures médiatiques populaires actuelles ; dont les pratiques de détournements critiques et jubilatoires sont le fondement. Nøne Futbol Club serait-il en train d’appliquer à l’art contemporain ce que les cultures numériques ont fait subir à Chuck Norris, le Pape ou Dark Vador ?

Si leur travail peut évoquer celui des surréalistes (pour l’aspect loufoque) et des situationnistes (par l’utilisation de la culture mass media) ce n’est pas par désir particulier de filiation. Dans leur performance Work nº096 : just married, où ils profitent de l’arrêt d’un bus parisien en train d’embarquer des voyageurs pour lui coller à l’arrière une pancarte « just married » et une demi-douzaine de casseroles, ce n’est pas tant le choix des éléments (bus, Paris, image d’Epinal quincaillière sur le mariage, performance) que le hack espiègle de l’ordinaire urbain avec pour finalité de contester la facture sociale établie. C’est une même mécanique qui est à l’œuvre dans Work n°78 – Ram Raid lorsqu’ils attaquent à la voiture bélier l’espace d’exposition sensé les accueillir. Si cette performance peut sembler s’inscrire dans une tradition, l’intention ici est cependant mise en abîme : qui cambriole quoi, finalement ?

La série d’œuvre la plus marquante et la plus littérale de la démarche de retournement qu’opèrent les artistes est sans doute ces voitures Renault des années 70 et 80 dont chaque pièce de carrosserie et d’habillement intérieur ont été méticuleusement retournées, présentant à l’extérieur ce qui devrait être à l’intérieur. Chahutant nos perceptions et nos ressentis du dedans/dehors, la série s’en prend aux représentations populaires de l’automobile ou se mélangent le goût de la mécanique, la morbidité de l’accident, la voiture comme réceptacle de l’insurrection et la fascination de l’objet devenu sculptural. Répondant aussi bien à des critères cyniques de production d’œuvres par le détournement d’icônes pop qu’à un désir subtil de nous confronter à nos représentations culturelles, ces sculptures automobiles sont à la fois séduisantes et iconoclastes ; à l'instar de leur créateurs.

Nicolas Rosette
Extrait du catalogue du 58ème Salon de Montrouge, 2013

¬ Biographie pdf+ nonefutbolclub.com