Maxime Touratier (F)

Né en 1971
Vit et travaille à Aubervilliers, France

HEGEMONIC MARKET
Par Anouk Le Bourdiec

Comme toujours dans le travail de Maxime Touratier, la série « Hegemonic Market » s’appréhende comme un répertoire de tensions interprétatives à double enjeu : perte de repères architecturaux, de repères géographiques, pertes d’identifications … Où sommes nous ? Que regardons nous? … L’image se structure autour d’une dualité du poétique à travers des éléments visuels ambigus dans le paysage et la composition d’un objet, d’un ensemble, non identifiable de prime abord, de l’ordre du semi abstrait. Le doute survient quand apparait, à travers ces formes, l’impression d’occupation du territoire ; le basculement iconique du cadrage révèle des impressions de formes agressives ; une sensation militaire s’empare de nous.

Un enchevêtrement de poutres métalliques, une barre orange traversant l’espace à l’instar d’un barrage de sécurité, une structure métallique composée de grilles organisées de façon carcérale, un Aigle métallique orné de
paraboles …

L’axe de lecture de « Hegemonic Market » est alors offert dans un état des lieux colorimétrique. Nous sommes immergés dans les univers construits du paysage urbain moyen et de la Communication. Ces fragments architecturaux peuvent être dès lors appréhendés dans leur ensemble. Et ce sont trouble et malaise qui se définissent alors face à la contemplation … Tout n’est que logos de grands groupes commerciaux ; ces centres commerciaux connus comme représentants d’une culture de consommation de masse et grand public. Fragmentés, recadrés, ces images de la culture populaire s’offrent soudainement à notre mémoire. Et l’image se crée dans son ensemble. L’aigle qui nous a emporté si loin dans notre interprétation somme toute imaginaire, poussez en ce qui me concerne aux confins de l’ex URSS, est un détail du logo de Carrefour, âprement cadré par Maxime Touratier.

La question est récurrente et constamment retravaillée, offrant des découvertes d’interprétations photographiques propres à l’oeuvre de Maxime. Quand l’objet, le sujet, le détail, le stéréotype de la consommation d’une culture de masse devient oeuvre par le biais de l’artiste. Il nous amène vers cette confrontation à la fois douce et amère du regard, face à la pensée évidente, ici d’une culture qui génère ses propres esthétiques ; mettant en scène à travers ses oeuvres photographiques la scène de bataille ; une militarisation de l’économie de marché. L’âpreté d’une guerre économique est alors révélée par le basculement de l’image et cette série désenchante cette invasion communicationnelle par un cadrage acéré. Telles les lances acérées de la Bataille de San Romano d’Ucello.

L’esthétique standardisée des panneaux signalétiques induit la double lecture de la notion de matérialité de l’objet et de son appropriation. Il y apparait cette stabilisation de la communauté du quotidien à travers ces logos géants et l’émergence éphémère de notre impression cinétique d’une culture consumériste qui génère ses propres esthétiques.

+ http://www.galeriealb.com/project/maxime-touratier/