Diohandi (Gr)

Née en 1945
Vit et travaille à Athènes, Grèce

Avec une œuvre radicale et minimaliste, l’artiste grecque Diohandi évoque la situation de son pays et du monde d’aujourd’hui. Dans un registre différent, c’est aussi le cas de l’artiste britannique Mike Nelson.
C’est un choc et l’on a quelque mal à comprendre, en découvrant le pavillon grec de la 54e Biennale d’art contemporain de Venise, que le lion d’or soit allé au pavillon allemand, quand bien même il s’agissait de rendre une forme d’hommage posthume à l’artiste Christoph Schlingensief, décédé à quarante-neuf ans d’un cancer du poumon, en reproduisant une de ses œuvres quelque peu surchargée, à savoir son Église de la peur, dans laquelle il aborde la question de sa propre mort dans une mise en scène appuyée. Avec le pavillon grec de l’artiste Diohandi, il s’agit de tout autre chose. Elle a en quelque sorte emballé le pavillon permanent dans une grande caisse en bois. Au-dessus de l’entrée, juste une ouverture dans cette palissade, une inscription, « Sold out ». Vendu(e). À l’intérieur, un plan d’eau que l’on traverse sur des planches pour sortir sur le côté. Les murs sont blancs. Un rai de lumière vertical est devant le visiteur. Un son strident l’accompagne. C’est tout, circulez il n’y a (plus) rien à voir. Le titre de l’œuvre : Beyond Reform. Soit, après ou au-delà de la réforme. C’est sans appel et c’est comme un manifeste minimaliste. Pour Diohandi, artiste confirmée sur la scène internationale, il s’agit bien de la situation de la Grèce aujourd’hui mais aussi de la crise internationale, avec peut-être un espoir, le rai de lumière, mais à la condition de prendre une autre direction, ce qu’indique la sortie sur le côté du pavillon. « Bien sûr, dit-elle, c’est subjectif mais j’espère que le public comprendra. » Certainement, quand bien même on a pu lire sur cette œuvre quelques commentaires d’une cécité confondante. Il n’est pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir. Quoi qu’il en soit, il s’agit sans doute de l’œuvre la plus forte de cette biennale, avec cette exceptionnelle économie de moyens.

Un autre pavillon toutefois, d’une manière différente, est aussi dans une problématique proche. C’est celui de la Grande-Bretagne, dû à l’artiste Mike Nelson. Il a totalement reconstruit l’intérieur du bâtiment pour amener le visiteur à une déambulation dans un labyrinthe de pièces désertées, poussiéreuses, où traînent des vêtements, des meubles déglingués, de la verroterie, des matelas à terre. La maison a été abandonnée. Ou sont passés les habitants ? Quelle catastrophe – quelle crise – a conduit à cela ? Ainsi, au cœur d’une biennale assez décevante, où il faut aussi remarquer le pavillon français de Christian Boltanski, évoquant la naissance et les milliers de bébés qui arrivent au monde à chaque seconde, il s’est tout de même trouvé plusieurs artistes, et non des moindres, pour proposer des œuvres vraiment « contemporaines ».

Maurice Ulrich
Dans le 14 Octobre 2011

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