Catherine Lorent (D)

Née en 1977
Vit et travaille à Berlin, Allemagne

Artiste plasticienne et musicienne (peintures, dessins, installations, installations sonores), Catherine Lorent a plus de 25 expositions individuelles et plusieurs performances à son actif. Elle a également un projet musical, intitulé Gran Horno, dans lequel elle interprète ses propres pièces.

En 2012, elle est désignée pour représenter le Luxembourg à la Biennale d’art contemporain de Venise en 2013.

Son projet a été sélectionné parmi 24 dossiers soumis à l’appréciation du jury, composé de Claudine Hemmer (Ministère de la Culture), Charles Esche (Directeur du Van Abbe Museum Eindhoven), Paul di Felice (Université de Luxembourg et curateur indépendant) et Enrico Lunghi (Mudam Luxembourg).
Son œuvre RELEGATION est une installation visuelle et sonore à base de peintures, pianos à queue, guitares, amplificateurs et performance, le tout investissant la Cà del Duca (pavillon de Luxembourg à Venise) comme un espace sensoriel à part entière. « Le projet a convaincu le jury par son originalité, sa multidisciplinarité, son intégration d’éléments baroques tirés de l’histoire de l’art à l’esthétique punk ainsi que par son caractère ouvert et expérimental » (communiqué du Ministère de la Culture, Luxembourg).


« De l’Histoire, elle a retenu l’héraldique dont elle reprend les thèmes dans des dessins colorés de grands formats. Elle ajoute des références à l’histoire de l’art et des éléments de l’actualité contemporaine et nous confrontent à des œuvres où animaux fantasmagoriques et paysages oniriques se mêlent à l’iconographie contemporaine. Les dessins formellement entre surréalisme et maniérisme baroque contiennent une critique sociétale et institutionnelle véhiculée avec une douce mais ferme ironie.
L’imagination débridée de l’artiste, son talent de performeuse musicale et son regard percutant sur les faits de société sont prometteurs et nous nous attendons à une installation artistique sur les « sentiers rouges » détonante, enjouée et résolument contemporaine ».


« L’humour est aussi l’un des jokers de Catherine Lorent, qui lorgne du côté de l’illustration et qui réhabilite dans le genre (graphique), ce que la peinture a pris soin de tenir à l’écart, à savoir : l’histoire, l’allégorie, le décoratif.
Narrative à la mesure des référents culturels dominants que sont la bédé et la publicité, l’œuvre (de papier, d’encre de Chine et d’aquarelle) construit une espèce de petite mythologie – tricotée à partir d’un bric-à-brac aussi quotidien qu’héraldique – gentiment caustique. Il y est question du rêve luxembourgeois ». (Cercle artistique de Luxembourg)




De l'artiste «maudit», poète ou rocker, Catherine Lorent – fille pas sage au large sourire – a la démesure, la mélancolie aussi, et les contradictions. Attention, phénomène!



Formée à l'Académie de Karlsruhe, docteur en Histoire de l'art («ma thèse a porté sur la politique culturelle nazie à Luxembourg»), Catherine Lorent – née à Munich en 1977, vivant à Berlin – maîtrise les clés d'un voyage interépoques, un voyage aussi fascinant que bizarre qui projette dans l'anxiété actuelle ou ambiante la puissance et les tensions dramatiques propres au baroque, à son esprit et à son esthétique.

Complexe, il l'est, l'univers de Catherine, en ce qu'il ne se laisse piéger dans aucune catégorie. Ce qui est en tous les cas indubitable, c'est la qualité de son dessin et c'est la vision que, proprement, sa peinture charrie ou défend: elle ne badine donc pas avec le pinceau à la manière d'un Tàpies, qui affirmait que, «depuis le romantisme, le tronc principal de la pensée et de l'art avait finalement été formé par les indisciplinés, les rebelles, les hétérodoxes, les hérétiques». C'est un travail tout en suspension – par ciels interposés ou rubans qui flottent – , mais qui laisse peu de place à l'approximation. A l'irrésolution, non plus. La preuve par sa série peinte Copy-Paste.

Là, partant d'une forme évoquant la silhouette cornue du démon – «cette forme est une sorte d'écriture automatique, dupliquée à l'identique sur plusieurs toiles, ce, dans la tradition du copiste» –, dans cette forme, donc, un galion résiste sur la ligne houleuse d'une lugubre alliance du ciel et de la mer. Ailleurs, dans Crisis Analogy, un brin de lavande brave un horizon d'apocalypse.
Dans ces décors de vrai faux rêve – des marines, de préférence–, ce qui rôde, ce n'est pas l'indécision mais l'inquiétude... liée à la finitude des choses, certes, mais aussi aux apparences et aux leurres.



La part du diable et de l'ange



Tourmenté, le travail de Catherine Lorent l'est à sa manière. Qui prend appui sur le religieux ou le mystique – le titre générique de l'expo, Acedia (ou acédie), emprunté au christianisme, signifie vague à l'âme, torpeur spirituelle et donc dégoût de la prière – pour mieux dire nos contradictions: que chacun peut faire le contraire de ce qu'il prêche, ou que le diable fut d'abord un ange, ou que l'habit ne fait pas le moine ou tout autre questionnement à la fois existentiel et sociétal.
Il n'empêche, dans ce tout relativement exalté ou habité – que l'artiste traduit en volutes, arabesques et autres mouvements –, l'humour (ou ce qui en tient lieu) n'est pas loin.
L'œuvre Pastorale orageuse en témoigne: la forme y est proche de la voile boursouflée ou de l'aile de chauve-souris, elle est peinte sur toile – parfois elle l'est sur bois, à moins que le bois ne soit carrément une découpe (du reste, Catherine fabrique elle-même ses supports) – , on y voit un château fantôme noyé par des nuages de plomb liquide, on y voit aussi des mains, capables d'agir, de tirer sur la toile par exemple, ou de faire un doigt d'honneur...

Et puis, de Catherine la fétichiste «qui adore le pathos», de Catherine qui parfois commet des poèmes et des chansons, de Catherine la fondue de guitare – «je suis très metal mais aussi très Schubert, je déteste les charts; quand je voyage, j'embarque dans ma voiture ma propre playlist, assez longue, pour tenir le coup»–, il y a les papiers grand format: les dessins fourmillent de symboles, d'allégories, de blasons, de motifs extraits de notre environnement aussi, ça sent le temple, la structure de cités, les cabales, les serments, ça conspire, ça s'inspire de l'héraldique et c'est tout autre chose. Parfois le blanc y est à ce point sensible à l'ultraviolet qu'il en devient un corps. Lumineux. Divin.

 Marie-Anne Lorge


¬ Biographie pdf+ www.granhorno.com