Julien Prévieux (F)

Né en 1974
Vit et travaille à Paris, France

Julien Prévieux, le cynique de l’emploi

« Il y a 8 ans, las de répondre à des offres d'emploi sans jamais obtenir de poste, ce jeune artiste parisien, accessoirement diplômé des Beaux-Arts et doté d'un master en biologie (quand même !), décide de… les refuser toutes. Il rédigera ainsi plus de mille “lettres de non-motivation”, où le surréalisme le dispute à l’insolence. Tordant. Jugez vous-mêmes.

« Vous êtes tenaces. Vous avez envie d’une forte rémunération. Vous êtes apte à la communication transversale. Vous êtes volontaire. Vous êtes une force de proposition d’amélioration. Sur la route du succès, ne restez pas au bord du chemin… »

Avec des formules comme celles-là, promettant le ciel pour des emplois plus qu’incertains, qui n’a jamais rêvé d’envoyer bouler un recruteur ? D’oublier la nécessité vitale pour tomber le masque ? Pendant plusieurs mois, l’artiste Julien Prévieux a répondu à quantité d’offres d’emploi, essuyant refus sur refus. Lassé, il a opté pour le jeu inverse : repousser d’emblée des offres de recrutement qui, de toute façon, lui seraient refusées. Dans une démarche qui n’aurait pas déplu à Georges Brassens et sa « Non-demande en mariage », il se fend ainsi, entre 2000 et 2007, de plus d’un millier de missives de « non-motivation », dont une trentaine se trouve rassemblée dans un livre paru il y a déjà quelques mois et librement consultable en ligne sur le site de son éditeur. Le résultat est aussi drôle qu’édifiant.

Le livre met en scène la relation recruteur-demandeur en confrontant les offres d’emplois, dénichées par Julien Prévieux, les lettres qu’il envoie aux recruteurs, et leur réponse à ses courriers. D’emblée, on est frappé par la charge comique et théâtrale de ces correspondances. Avec tout ce qu’elles comportent de codes, de formules détournées, de faux-semblants.

Singeant la syntaxe, le style emphatique ou faussement aguicheur des recruteurs, Julien Prévieux grossit ainsi le trait souvent jusqu’à l’absurde, quitte à friser l’insolence. Comme dans cette lettre de dix lignes rédigée uniquement en onomatopées ( « Ja ba bo bu krax krax toulurpinouuuuillle… Jeur re fûse leupe. Auste ! ») conclue par un faussement poli « Je vous prie d’agréer Madame Monsieur… ». Et qui débouche contre toute attente… sur une promesse d’entretien ! (p. 31 du livre). 

Désinvolte, cynique ou simplement froidement fidèle à l’annonce, les lettres de Julien Prévieux révèlent finalement ce qui s’apparente à un « jeu de dupe » entre le recruteur et le chômeur, des offres d’emplois affriolantes et des candidatures faussement passionnées. Avec un plaisir évident et communicatif, il piétine les codes à pieds joints, en dénonce la violence et les travers humiliants. Si à notre tour on devait lui écrire une lettre, elle ne comporterait qu’un mot : chapeau ! »
(Jean-Baptiste Roch, Télérama 02/10/2008)

Julien Prévieux, candidat à… rien

« " Je refuse votre emploi, je ne joins pas mon curriculum vitae et je vous demande de retirer vos propositions de ma vue. " Inscrite au bas d'une lettre d'apparence banale, la formule fait l'effet d'une petite bombe. Elle résume l'entreprise dans laquelle s'est lancé, voici douze ans, l'artiste Julien Prévieux. A l'époque, le jeune homme étudie aux Beaux-Arts de Grenoble. En recherche d'emploi, il se plie à la figure imposée de la lettre de motivation. Des dizaines de candidatures disséminées dans la nature qui débouchent parfois sur un refus et presque toujours sur le silence. " L'idée m'est alors venue de postuler à des emplois pour lesquels je n'étais pas qualifié et d'exposer aux recruteurs ma non-motivation, histoire de voir ce que mon geste susciterait ", se souvient Julien Prévieux.
Se jouer des codes
La première missive atterrit chez Bouygues Télécom. Il moque le slogan de l'entreprise qui vante les qualités de la " génération Bouygues Télécom " mais reçoit, contre toute attente, une réponse. " Avec une belle grosse faute d'orthographe, en plus ", s'amuse-t-il. Il décide de transformer ce coup d'essai en posture systématique. Un vrai boulot. Qu'il mènera sept années durant en parallèle de l'emploi de graphiste qu'il vient de décrocher. Libéré de l'urgence matérielle, il peut ainsi s'amuser et endosser tous les rôles qu'il souhaite. L'humour fera office de première impulsion, de source d'inspiration. Plutôt que de tenter de se définir, il s'invente des motifs de refus, tente de convaincre son interlocuteur de ne pas le choisir. " Au début, je me sentais libéré du côté laborieux de la lettre de motivation qui oblige à se rendre cohérent, à afficher un parcours et une envie lisibles ", précise Julien Prévieux. Très vite, il se prend au jeu et donne dans l'exercice d'écriture. " Il fallait préparer chaque lettre, se renseigner ou non sur l'entreprise, varier les formes de la lettre en me jouant des codes habituels, du ton et du vocabulaire employés."

Jeu de rôle
Devenu docteur ès petites annonces, il apprend à les décoder esquissant au fil de ses non-candidatures, les contours du protocole d'embauche. " L'annonce permet aux entreprises de se " vendre ", de convaincre les candidats de postuler chez eux. La lettre sert de test pour s'assurer que le candidat a compris ce qu'on attendait de lui ", commente le jeune homme. Jeu de rôles, souvent, de dupes, parfois. Si le candidat se cabre et dit " non ", il brise la convention sociale. Et déclenche le rire. A l'image de la lettre pleine de fautes d'orthographe et de syntaxe qu'il conclut par un " Dans l'attente de ta réponse, je te dit, Madame, tous mes meilleurs sentiment " et pour laquelle il reçoit la réponse suivante : " Vous n'avez pas transmis votre Curriculum Vitae avec votre lettre de motivation. Merci de bien vouloir nous le transmettre le plus rapidement possible afin que nous puissions étudier votre candidature le plus rapidement possible". » (Tiphaine Thuillier, L’Entreprise.com 29/03/2012)

¬ Biographie pdf+ www.previeux.net/