Richard Fauguet (F)

Né en 1963
Vit et travaille à Châteauroux, France

« Richard Fauguet se plaît à retourner et déplacer le sens des objets et images industriels qui peuplent notre société moderne. Il évoque ainsi la manière que nous avons de regarder notre réalité et se sert pour cela des idées endémiques de notre paysage mental et psychologique. Son travail est une recherche sur l'oeuvre d'art au travers du banal, prenant sa source dans l'exclusivisme et l'élitisme afin de le rendre enjoué et décontracté. Ironiquement décoratives, ses oeuvres sont constamment engagées dans un dialogue avec l’histoire de l'art. Une histoire avec laquelle il se permet la liberté de mélanger ces éléments, créant des liens à distance, des ramifications et donnant vie à un environnement harmonieux ».

« Le monde de Richard Fauguet part du réel le plus ordinaire pour atteindre le fantastique le plus irréel. Ludique et légère, son oeuvre multiple s'appuie sur de nouvelles associations de formes et d'idées. Ses objets du quotidien sont détournés dans l'esprit du "ready made". Prenant et transformant tout ce qui passe à sa portée, il jongle avec des matériaux divers - adhésifs de toute sorte, pâte à modeler, bonbon - et sculpte le verre ordinaire de "tétines" de silicone. D'une multitude de dessins exécutés à l'encre de chine, à la colle scotch, au tampon encreur sur de multiples supports - carnet de comptabilité, papier calque, drap,... - à ses objets hybrides et mutants, Richard Fauguet passe de la gracilité à l'humour, joue de références et de paradoxes et fait entrer une iconographie fantaisiste dans un projet artistique nourri par une réflexion sur le reflet et la visibilité ».

Démarche et questionnements :

« Être en phase avec l'époque dite moderne n'est pas la préoccupation principale de Richard Fauguet. À moins qu'au lieu de se référer comme de coutume à la modernité pétulante, héroïque, de Mondrian et de Mies van der Rohe, on se réfère à ses retombées prosaïques, quotidiennes, telles que certaines banlieues bigarrées, souvent sinistres, en donnent l'image. Ce sont elles, en effet, que Fauguet aime fréquenter, un carnet de croquis à la main. C'est de leurs agoras que ses sculptures sont filles parce que toute banlieue conduit droit au centre, c'est-à-dire au centre commercial. Rien d'étonnant donc, si son travail prend parfois un air penché de brocante, alors qu'il n'utilise qu'une vaisselle impeccable - bon marché, certes, mais intacte. "Avec du cheap faire chic", voilà à quoi Fauguet met un point d'honneur. Car il a beau se moquer d'un certain sérieux artistique, il ne peut aller, semble-t-il, contre sa nature. Or, celle-ci, ardente et généreuse, inventive et enjouée, le conduit à tout magnifier. Les choses les plus modestes, qu'il ne fait pourtant qu'assembler avec un point de colle, ressortent de ses mains comme transfigurées par un léger moirage. [...] ».

Richard Fauguet refuse donc de s’enfermer dans une forme unique, préférant oeuvrer loin des courants, des modes, dans une immense liberté de formes et de propos. On le définit comme artiste, dessinateur, créateur d’assemblages. Il en résulte une forme de "bricolage", une démarche qui fait de l'hétérogène un principe esthétique. Ses œuvres, qui font appel à des formes et à des matériaux très éclectiques, semblent, à première vue, n'entretenir aucun rapport entre elles.
Son travail est avant tout marqué par une certaine dérision face à la création "traditionnelle". Son monde part du réel le plus ordinaire pour atteindre le fantastique le plus irréel. Ludique et légère, son oeuvre multiple s'appuie sur de nouvelles associations d'idées. Les objets du quotidien sont détournés dans l'esprit du "ready made". Prenant et transformant tout ce qui passe à sa portée, l'artiste jongle avec des matériaux divers – lingerie fine, photographies, lasagnes, adhésifs de toute sorte, pâte à modeler, bonbons - et sculpte le verre ordinaire de "tétines" de silicone. D'une multitude de dessins exécutés à l'encre de chine, à la colle scotch, au tampon encreur sur de multiples supports - carnet de comptabilité, papier calque, drap,... - à ses objets hybrides et mutants, Richard Fauguet passe de la gracilité à l'humour, joue de références et de paradoxes et fait entrer une iconographie fantaisiste dans un projet artistique nourri par une réflexion sur le reflet et la visibilité.

Pièces en trois dimensions, dessins, collages, vidéos constituent un vocabulaire et une grammaire de signes à même de construire une définition toujours plus élargie de la pratique artistique de notre temps. A ce titre, Fauguet est sans doute l’un des artistes de sa génération le plus tenté par la réflexion sur les conventions et les modalités d’exposition des formes et archétypes génériques de l’histoire de l’art moderne et contemporaine.
L’œuvre de Richard Fauguet sait s’accommoder des situations les plus saugrenues. Elle touche à tous les aspects de la création et n’hésite pas à s’approprier, voire à détourner - au sens pratique et théorique- différents modèles de l’histoire de l’art qu’il appréhende comme un répertoire de formes à interpréter.

Connu pour sa surprenante faculté à prélever images et objets de toute nature et provenance pour les faire coexister dans des associations qui, toute improbables qu’elles soient, finissent par s’imposer au spectateur par la force de leur évidence, l'artiste propose un parcours inédit composé de citations d’œuvres plus ou moins célèbres à (re)découvrir.

Ainsi donne-t-il ici naissance à de curieux télescopages qui procèdent par décalages et calembours visuels. En revendiquant de façon jubilatoire l'usage de la déconstruction et de la combinaison comme un principe de création, ses oeuvres participent à la mise à distance de nos re-connaissances et de nos a priori. Incongru et familier se rejoignent dans une jolie pagaille pailletée.

Les silhouettes de Richard Fauguet, collées telles des ombres chinoises sur les murs de la salle d'exposition, offrent, en dehors de leur aspect totalement "kitch" et uniformisé (via le Vénilia), un incroyable tremplin à l'imaginaire et à la capacité de (se) raconter des histoires.

Seul compte, en définitive, l’effet de surprise, d’aberration, d’incongruité. D’où le paradoxe de ces figures : aucune n'est originale, pourtant, tout paraît nouveau. Mais avec le Vénilia, pas de problème : avec lui, le faux n'aura jamais l'air vrai ! Sous des dehors apparemment empreints d'une grande naïveté, l'artiste questionne des notions qui vont du supposé « sérieux » de l’art à la pérennité de l’œuvre....L'apparente légèreté - voire l'insouciance - qu'il donne à voir n'est qu'un leurre pour mieux remettre en question nos bonnes vieilles habitudes culturelles et perceptives, pour relire l'histoire de la sculpture... en deux dimensions...

Les œuvres initiales empruntées par l'artiste relèvent de l'hétérogène, du mixage, du métissage. Comment s'y retrouver entre "invocation" et "évocation" ? Cette volonté de parcourir - d'historiciser - l'histoire de l'art récente et de lui donner un nouveau "corps" conduit à mettre à un même niveau, par le procédé de l'aplatissement, des mouvements et des catégories artistiques d'une extrême diversité - qui participent cependant d'un même univers : celui de l'art.
Les déplacements opérés (similitude du matériau employé, passage du volume au bidimensionnel, de la mobilité à l'immobilité – tant au niveau de l'œuvre que de celui du spectateur) s'inscrivent dans une déconstruction. Et il convient, là, de questionner la ressemblance et la dissemblance, de mesurer l'écart.

Par les choix qu'il effectue, Fauguet instaure ces références modernes et contemporaines en tant qu'icônes. S'installe, en effet, un curieux paradoxe : cette convocation d'œuvres et de démarches - ayant en leur temps cherché à bousculer les codes traditionnels, voire à désacraliser l'art – , cette convocation, donc, induit du même coup une sacralisation des artistes retenus : invocation et consécration. Désacralisation de l'image, sacralisation de son auteur.

Mais s'établit alors une étrange dialectique : le procédé mis en œuvre, totalement décontextualisant, confère aussitôt à ces icônes de l'histoire de l'art valeur d'idoles. Comme nous le rappelle l'allégorie de la caverne, il ne faudrait pas confondre ombres perçues - reflets trompeurs et mensongers, degré le plus bas de la (re)connaissance -, avec le réel. Or, ces effigies (eidôlon), collées sur les murs de la salle d'exposition, que sont-elles d'autre sinon des images d'œuvres originales, des reproductions, bref, un visible qui donne à en voir un autre ? Nous nous situons aux confins du versant de la trace. Représenter, c'est rendre présent l'absent : Evocation.

Ce retour vers le simulacre pourrait reléguer la démarche de l'artiste à un tour de passe-passe sympathique, mais relativement vain, creux et vide de sens. Car, de plus, en contraignant le spectateur à une posture frontale statique, Fauguet s'évertue à inverser tout phénomène "ouvert"5 pour le métamorphoser en champ figé, clos...
Cependant, n'accorde-t-il pas, par là même, une nouvelle "dimension" à chacune des œuvres? En déconstruisant ces références, en procédant par une dynamique du déplacement, par un détour hors de leur aspect initial, ne les rend-il pas à nouveau "vivantes"? Et que dire de leur rapprochement physique, de leur rencontre aussi fortuite que celle "d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection"?... Sinon qu'ils excluent tout sens univoque : ces juxtapositions accroissent, par information réciproque, les probabilités d’interprétation des signes et augmentent donc leur potentiel significatif. Leur coexistence, leur improbable voisinage, prêtent à de multiples interprétations -sans pour autant que ces sens émergeants ne s’excluent mutuellement. Cette inépuisable polysémie, cet in-su, permet de repenser le rapport regardeur/œuvre, elle bannit toute appréhension de consommation, toute passivité, pour mettre en valeur l'activité et l'effort que doit fournir le public. »

¬ Biographie pdf+ www.galerieartconcept.com/2012/?page_id=170