Javiera Tejerina Risso (Cl)

Née en 1980 au Chili.
Vit et travaille à Marseille, France

Les références du monde cinématographique – sa grammaire, son histoire – trouvent un écho dans mon travail de plasticienne vidéaste. En effet, c’est lors de mes recherches autour du cinéma qui dit « je » que mon univers de réalisatrice a rejoint celui de l’artiste.
Animée initialement par des interrogations autobiographiques sur mon propre exil volontaire, ma recherche artistique tente aujourd’hui d’atteindre une certaine universalité en explorant l’idée du mouvement, du flux.
L’expérience de la migration dessine une frontière nette entre le passé et le présent, l’ici et l’ailleurs. Mon travail essaye de rendre tangible cette frontière pour m’en affranchir par la suite.
Ces déplacements mentaux dans la chronique narrative des souvenirs ainsi que les déplacements physiques, l’acte d’aller vers l’autre, stimulent la recherche formelle de mon travail qui est une tentative d’apprivoisement du flux incessant qui régie notre vie. Je m’intéresse aux flux migratoires, aux flux urbains, aux flux d’informations, aux flux sanguins et aux fluides.
Mes installations vidéo représentent à la fois, l’unité, l’individu mais aussi le mouvement, le réseau, le rapport qui s’instaure avec l’autre, l’nterdépendance. Une double lecture s’installe : celle de l’ensemble et celle de l’élément singulier.
On peut donc s’intéresser à la complexité d’un élément en particulier, ainsi qu’aux systèmes internes qui les régissent ou bien constater le résultat de l’interaction des différentes composantes d’une pièce, leurs tensions, leur opposition ou leur cohérence, sans pour autant négliger les liens concrets et symboliques qui les unissent.
Le passage du temps et l’omniprésence d’un ailleurs caractérisent l’ensemble de mon travail.

Cette installation propose une autre forme de paysage à travers l’expérience des flux des océans. Des modules aux formes mouvantes, ondulatoires et suaves viennent transcrire le rythme tantôt calme tantôt fébrile des océans en temps réel. L’énergie du monde est transportée par le mouvement des océans qui vient façonner les littoraux. C’est elle qui se déplace, se transforme. Elle est visible à la surface de l’eau mais aussi dans l’évolution des paysages côtiers. C’est le visage du monde qui est en perpétuel changement : l’océan et la terre dialoguent. La pièce ici présentée « To record water during days : Pacific Ocean », traduit en temps réel la surface de la mer et son va-et-vient sur sept points de l’Océan Pacifique. Connectée à internet sur le réseau de bouées américaines, la pièce respire à partir des bouées situées au large du Tijuana (Mexico), du Nord des Etats Unis, de l’Alaska, du Détroit de Bering (x2), de Guam (Océanie) et de Honolulu. Chaque bande métallique a son propre rythme : celui auquel la bouée lui transmets.
Pièce maîtresse de l’ensemble des installations, elle s’étend sur six mètres de long, laissant suffisamment d’espace pour se plonger dans la poésie de la synecdoque, de se transporter le large du Pacifique et contempler cet horizon artificiel.

+ www.javieratejerina-risso.com