Alpe Romero (Arg)

Né en 1971 à Buenos Aires, Argentine
Vit et travaille à Buenos Aires, Argentine

Abandonnés

En 2011, j’ai été invité à participer à la deuxième édition de la publication IDEALIST, un projet allemand réalisé depuis Berlin. Le principe était un livre/galerie qui montrerait les travaux de quinze artistes émergents de dix pays différents. Ils me dotèrent de sept doubles pages. J’ai travaillé sur ce projet pendant plusieurs mois. Mon concept de travail était l’expansion. Jusque là, j’avais surtout dessiné à base de microfibres et au stylo, mais dès lors j’ai décidé de travailler avec de l’encre de chine. L’expérimentation d’un nouveau médium apporte toujours des doutes, des incertitudes et des surprises ; il apparaît difficile de pouvoir avancer dans ces terrains inconnus. Ça a toujours été très agréable pour moi. Mes dessins sont des improvisations.
Chaque dessin passe une seule fois. La feuille blanche demeure toujours un terrain inconnu, elle m'invite à découvrir, c'est la porte qui se partage entre les espaces. Le dessin est ce qui vit au moment du contact entre le mouvement et mon encre/corps dans sa superficie. Ils apparaissent. Ils se font présents. Je ne cherche pas à les figurer.

Mon travail traite de ce mouvement et du moment où j’essaie de le dessiner. Je me demandais : Peut-on dessiner un mouvement ? À l’issue de ce processus de travail et d’investigation durant lequel j’ai beaucoup appris sur mes propres limites, j’avais réalisé plus de cent dessins répandus sur le sol de toute ma maison ; mon quota dans la publication n’était que de quatorze dessins…
Les quatorze dessins présentés dans l’exposition représentent ce travail et cet espace dans le temps. Tels qu’ils sont présentés aujourd’hui ils ont été réalisés par paires.

La publication du livre n’a pas pu se faire, par faute de financement me semble-t-il. J’avais travaillé des mois durant pour ne pas être publié finalement. J’ai toujours conservé ces dessins comme s’ils furent des trésors. J’ai finalement abandonné l’idée de les montrer un jour.

Les dessins sont le temps. Combien de temps dure un dessin ? Les dessins sont le mouvement. Où commencent et où s’arrêtent leurs impulsions ? Les dessins sont une fiction. En quel endroit trouvent-ils leur confluence avec la réalité ?
Nous sommes ce que nous abandonnons.
Ce que nous laissons derrière nous revient très souvent. Redessiner le présent et reformuler le passé. Cinq années plus tard, ces dessins sont de retour en Europe et ils s’exhibent pour être lus.

Alpe Romero
Buenos Aires, Juillet 2016

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